LE TREFONDS de L’ORTHODOXIE
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1.) La première question que j’aimerais vous poser
c’est très simple mais assez importante
pour mieux comprendre votre personnalité spirituelle comment avez-vous découvert
la spiritualité orthodoxe ?
Née en France d’une famille chrétienne, j’ai
reçu de l’Eglise romaine la nourriture dont avait intensément faim l’enfant que
j’étais, si désemparée devant la vie qui lui était offerte. Je me souviens
l’avoir dite « absurde » dès
mes 3 ou 4 ans tant elle n’était nourrie que des conséquences ou des souvenirs
de la guerre de 1914-1918 qui venait de se terminer mais dont les âmes de tous,
et les corps de ceux qui y avaient été blessés – dont mon père – restaient
meurtris.
L’Eglise me fut alors un
refuge ; j’y ai vécu de profondes expériences et celles-ci m’ouvrirent à
la réalité de valeurs autres que celles à laquelle on me demandait d’adhérer.
Mais dix années plus tard, l’Eglise elle-même quant à son enseignement, ne fit
plus le poids ; dans un premier temps, nourrissant l’enfant, elle devint
pour moi infantilisante ; et je la quittais. Ce que je retiens
essentiellement de ce divorce c’est que les clercs et non des moindres,
rejetaient violemment cette adolescente qui osait voir dans les Ecritures leur
dimension « symbolique » - mot
que j’ignorais à cette époque mais qui qualifie aujourd’hui l’exigence que
j’exprimais -. A cette époque, curieusement, pour l’Eglise romaine, le symbole
était diabolique ! …….
Alors commença pour moi une
longue quête, en solitaire car cela se situe autour des années 1939-1940, et
c’est dire que je plongeais dans le vide. A 20 ans, âge où le monde vous
rattrape de ses bras jaloux et puissants, je m’égarais, tout en n’en étant pas
dupe. Mais le ciel me reprit avec violence. Et après un rude « examen de
passage » il me conduisit aux portes de l’« Eglise catholique
orthodoxe de France » à Paris.
Cette Eglise fondée par Monseigneur Irénée Winnaert, lui aussi un dissident de Rome,
fut reprise après la mort de cet évêque, par le Père Eugraph Kovalevsky. Je ne
dirai jamais assez ce que je dois à Père Eugraph, un amoureux de Dieu, mais
aussi, et sur le plan du frère, grand ami de la France. Il ne voulut à aucun
prix enkyster un christianisme orthodoxe d’expression russe en ce pays de diaspora,
mais a toujours cherché à ressusciter en cet occident qui l’accueillait,
l’orthodoxie du premier millénaire qui lui était propre quant à son expression
liturgique. Aidé de son frère Maxime, éminent musicologue, tous deux donnèrent
un puissant réveil à la célébration des mystères chrétiens qu’avaient élaborée
l’âme et le génie spirituel de nos ancêtres. Lorsque je me présentai pour la
première fois en cette église, en 1958, ce fut pour la fête de la Sainte
Trinité. Je fus alors saisie dans une vague d’amour et de joie d’une telle
violence qu’elle ouvrit en mon cœur la porte du monde que je cherchais depuis
toujours, depuis l’engluement dans l’«
absurde » en lequel je me débattais dès l’enfance. Quels que furent les
évènements douloureux qui vinrent briser ce premier élan de vie, je continue
d’affirmer que c’est ce jour-là que je suis née. J’embrassais le christianisme
orthodoxe le jour de la fête de Noël de cette même année ; la Semence
divine venait de germer en moi.
Répondant ici au questionnaire
de Petcu Tudor, j’exposerai dans un autre texte ce que m’a apporté
l’orthodoxie, car outre la nourriture reçue de la vie liturgique, j’allais
aussitôt puiser celle de l’Institut de Théologie que je suivis pendant trois
ans car j’avais faim, faim, faim ! Peu de temps après, j’accompagnais une
fois par semaine le père Eugraph, devenu l’Evêque Jean de Saint Denis, dans son
secrétariat et là, je continuais d’apprendre, d’approfondir, de questionner,
mais aussi d’unir de plus en plus étroitement cet enseignement majeur avec
celui de la langue hébraïque et de la Qabbale vers lesquelles m’avait aussi
conduite l’Esprit-Saint. C’est au fond d’un cabaret douteux des environs de la
place de la République à Paris que je recevais, émerveillée l’enseignement du
rabbin, et d’autant plus émerveillée que je l’entendais comme en stéréophonie
avec l’enseignement de Père Eugraph. Depuis 60 ans maintenant, premier et
second testaments me sont une seule eucharistie, le Christ venant « accomplir la loi » de Moïse et le
premier Testament venant éclairer l’enseignement du Christ.
2.) Quelle serait à vos yeux l’unicité, ou mieux
dit, la beauté de l’Orthodoxie ?
Qu’apporte l’orthodoxie
d’intéressant et de nouveau en tant que manière de vivre ?
« Orthodoxie, doctrine juste » dit
le grec. Cette qualité, compte tenu de
ce que m’apporte aussi l’hébreu me semble être la plus proche du message
évangélique en effet, mais à condition de tenir compte de ce que cette justesse
n’est pas statique ; elle est asymptotique à l’infini. Cette justesse ne
peut que rendre compte de la qualité de contemplation que l’on a de Dieu et de
la confession que l’on en fait, d’une part, et d’autre part de la dynamique
dans laquelle l’enseignement du Christ invite l’Homme à conduire sa vie.
L’Homme est invité à grimper de verger en verger pour cueillir les fruits de la
connaissance et devenir ….., comme si chaque échelon qu’a vu en songe le
patriarche Jaqob, était un jardin en espaliers aux fruits de plus en plus
succulents, que nous sommes invités à cueillir et à manger. Le jardin d’Eden,
intérieur à l’Homme, que décrit la Genèse, « jardin de jouissance »
en hébreu, n’est d’ailleurs pas autre. Lorsqu’on monte ces espaliers, on fait
alors l’expérience de la relative justesse d’un niveau de connaissance car
celle-ci s’effondre devant la connaissance atteinte au niveau supérieur. Maxime
le confesseur ne conclut-il pas son traité sur le problème du mal en disant,
parlant de l’Arbre de la Connaissance de la Genèse : « Voici comment
pour l’instant il faut comprendre l’Arbre (de la connaissance) selon une
méthode déductive qui convient à tous. Sa signification plus mystérieuse est
conservée dans l’esprit des mystiques et honorée de notre silence ».
Quatorze siècles nous séparent de
cette sagesse maximienne, mais n’est-ce pas peur ou paresse que de nous y
conforter ? Aujourd’hui où les sciences abolissent toute logique binaire
pour ouvrir sur le ternaire, il serait urgent de libérer l’Arbre de la
Connaissance de la simpliste contradiction bien-mal qui le qualifie et qui
entrave en l’Homme sa croissance. Or en cet Arbre seul, source d’Intelligence,
est aussi la Sagesse.
L’Université qui de son côté fait don de
connaissance en est dénuée ; elle ne sait poser les limites, et nous en
abordons aujourd’hui la folie destructrice ; j’en parlerai plus loin.
Lorsque Père Eugraph m’initia à la
contemplation apophatique de Dieu, et en voie de conséquence, au dépassement
nécessaire de toutes les antinomies, vous comprendrez alors pourquoi je
commençais de mettre un nom sur ce qui m’avait détachée de l’Eglise romaine et
sur le fait que ça n’avait pas été un hasard de me trouver projetée dans
l’Eglise orthodoxe le jour de la fête de la divine Trinité. Ce nom est celui de
l’Esprit-Saint. C’est lui, l’Esprit-Saint qui, ce jour-là, chanté, dansé, respiré,
me saisit et m’emprisonna pour toujours dans son plus libérant embrassement.
La scolastique romaine m’était
aliénante ; j’étouffais.
Depuis cette époque l’Eglise
occidentale a évolué, mais le souffle continue de lui manquer. C’est Berdiaev,
ce philosophe chrétien orthodoxe que j’aime tant, qui ressent le Christ Fils de
l’Homme et Fils de Dieu comme étant vécu et contemplé davantage en Fils de
l’Homme par l’occident romain, et Fils de Dieu par l’orient orthodoxe. Il y
aurait beaucoup à dire, même à ce sujet !
A votre question concernant « ce qu’apporte l’orthodoxie
d’intéressant et de nouveau quant à la manière de vivre », je ne peux
répondre qu’en rappelant l’invitation faite par Jésus à Nicodème et que, pour l’instant,
bien peu de chrétiens, même orthodoxes, ont compris. « Epouser la mère intérieure, la Adamah de l’Adam » (l’Homme,
hommes et femmes) – invitation dont je n’ai jamais entendu une seule homélie
expliquer le sens – c’est oser un
retournement radical à l’intérieur de soi, retournement qui implique bien
souvent des désécurisations difficiles par rapport aux valeurs du monde ;
difficiles mais nécessaires pour embrasser les valeurs ontologiques, sans quoi
la montée de l’échelle évoquée plus haut est pure illusion. Ce n’est pourtant
que dans cette dynamique enseignée et vécue par l’orient et l’occident chrétiens
que les deux Eglises pourront tendre vers l’unité. Aujourd’hui l’une et l’autre
n’ont guère enseigné quant à ce mot
« retournement » traduit par
« pénitence » qu’une attitude morale, alors qu’il s’agit d’une
pénétration intérieure (œuvre mâle) là où
les « animaux de l’âme » décrits par Basile de Césarée sont saisis
dans une opération divino-humaine, quasi alchimique, à l’issue de laquelle
l’énergie donne son information ; ainsi grandit en l’Homme l’Arbre de la
Connaissance qui est aussi sagesse.
3.) On parle d’habitude de l’Orthodoxie en tant
que l’amour de la sagesse. Croyez-vous que cette définition soit-elle la
meilleure pour bien comprendre l’Orthodoxie ? Quelle est en fait votre compréhension
sur l’orthodoxie et comment pourrait-on découvrir son tréfonds ?
Toutes les grandes traditions du monde aiment
la sagesse. Pour les chinois, le Tao en est le chemin, l’Advaïta, la
non-dualité, pour les Hindous, et l’on pourrait poursuivre historiquement,
jusqu’aux Evangiles, mais eux recouvrent tous les temps et le mystère de la
croix, lui, conduit à la folie !
« Sagesse de Dieu, folie pour les grecs » chante
inlassablement l’apôtre Paul ! Et si nous puisons dans le premier
Testament
son enseignement nous dit que
Sagesse et Intelligence sont, bien sûr, distinguées, mais inséparables, alors
que dans le second, nous contemplons la croix comme l’érection de l’Arbre de la
Connaissance, dont la sagesse vécue par le Christ est à nos yeux folie !
Du fait que l’Eglise romaine douloureusement déspiritualisée – « ils n’ont plus de vin ! » –
laisse les chrétiens aux pieds de la croix, il est certain que l’Orthodoxie
invitant les siens à en gravir l’Arbre, est chantre de la Sagesse, don par
excellence de l’Esprit-Saint.
Sagesse et Intelligence sont
inséparables, comme je l’ai dit plus haut. Pour les Hébreux, elles sont
respectivement Père et Mère divins. Elles sont les deux piliers de l’Echelle
qu’a vue le patriarche Jaqob et dont la montée consiste à vivre, après le
baptême d’eau, le baptême de feu dans l’Esprit-Saint. Cette montée se traduit
dans le premier Testament par la construction de la maison intérieure :
« construit ton Arche », dit Dieu à Noé. « Va vers toi » dit le Seigneur à
Abram. Et à Job chez qui cette construction prend le caractère d’un combat « ceins tes reins, homme
vaillant »……. lui dit son Seigneur l’invitant à revêtir la force de
l’Esprit avant de faire venir devant lui ses animaux de l’âme.
Et le Livre des Proverbes chante
les versets que reprend la Liturgie orthodoxe :
« La
Sagesse a bâti sa maison
elle a
taillé ses sept colonnes
elle a
immolé ses victimes (les animaux de
l’âme)
mélé son vin
et dressé sa table (9, 1-2)
Incluant tout ce sens, Jésus
reprend cette exhortation :
« Prend ton
envol » dit-il au paralytique
« va dans ta
maison »
« va vers
toi »………. Inlassablement, il guérit, ce qui veut dire
qu’il introduit l’être dans la sagesse qui
reconstruit l’Homme jusque-là exilé du Royaume !
Beaucoup de très beaux livres
ont été écrits sur ce sujet de la Sagesse par les Orthodoxes, mais bien peu
enseignés dans les églises ! Et c’est regrettable, car « le tréfonds
de l’Orthodoxie », pour reprendre l’expression de votre questionnaire, est
certainement la contemplation et le vécu au plus juste des sept dons de
l’Esprit-Saint, appliqués au quotidien, alors que Rome a glissé dans le mental,
au détriment de sa fonction pneumatique.
4.) Comment devrions-nous comprendre à votre avis le rapport entre
l’Orthodoxie
et la raison ? Autrement dit, quelle
serait la place occupée par la raison dans
l’Orthodoxie ?
Il semble que, parlant de l’Esprit-Saint, de
son souffle créateur, j’aie déjà répondu
à cette question. Ces différents niveaux du Réel, bien « voilés » pour l’instant comme
disent les physiciens, et que symbolisent les successifs niveaux de l’Echelle
sainte, ont chacun leur « raison ». La raison identifiée au
discernement, entre le bien et le mal par exemple, fait l’objet de bien des
apophtegmes des Pères dans d’amusantes mais combien profondes histoires :
un personnage réputé très saint fait des choses totalement répréhensibles et
aberrantes, jugées mauvaises par le pauvre homme qui les subit, mais qui
en comprendra plus tard l’impérieuse nécessité pour la justesse de son chemin
ou de celui de la collectivité.
Cela est aussi juste des
évènements qui frappent aujourd’hui le collectif et dont il serait raisonnable
et intelligent de comprendre le sens, sachant que le « hasard » est la loi qui joue à un
niveau du réel encore inconnu mais à laquelle nos actions inconscientes
contreviennent.
La raison identifiée à la
logique, va de cette logique binaire dont je parlais plus haut au ternaire et
au Logos créateur lui-même, vers lequel tend, sans encore peut-être le savoir,
le « tiers caché » des
physiciens.
Le premier testament riche de
« ruses divines » ne dit que cela, et les Evangiles mettant l’accent
sur le même salaire donné aux ouvriers de la première et de la dernière heures,
en est un des nombreux exemples.
La vie spirituelle s’incarnant
dans notre quotidien tributaire du temps nous arrache au temps, pour nous
conduire, comme un cyclone en son œil, en l’Instant d’éternité.
5.) Un théologien américain disant que dans
l’Orthodoxie tous peuvent découvrir leur sainteté cachée. Comment
comprenez-vous cette affirmation ?
« Dieu s’est fait
Homme pour que l’Homme devienne Dieu »,
disent les Pères depuis le début
du christianisme, avec Saint Irénée de Lyon et peut-être bien avant lui !
L’anthropologie chrétienne est
toute entière résumée là. Mais, à ce sujet, je dois vous faire une confidence.
Le père Eugraph Kovalevsky, à ce moment-là devenu l’Evêque Jean de Saint Denis,
était alité, en proie à de terribles souffrances dont il mourut quarante-huit
heures plus tard ; mais à une ultime question que je lui posais, d’ordre
théologique, il se redressa sur son lit pour me répondre et conclure de ce que
je ressentis comme son message ultime : « Annick, l’anthropologie
chrétienne n’est pas née ! ». Et ce cri vint agrandir la brèche dont
Nicolas Berdiaev avait déjà percé mon cœur, ce grand chrétien disant dans
presque tous ses livres mais tout particulièrement dans « l’Homme et la
machine » publié en 1933 (Ed. Je Sers p. 51) : « Nous ne pouvons plus nous contenter
de l’anthropologie patristique, scolastique ou humaniste ».
L’évêque Jean nous a donc
quittés, et, je peux le dire, dans un état de « jubilation » qu’il me confia
puisque j’eus la grâce de le veiller pendant sa dernière nuit parmi nous ;
ceci se passait le 30 Janvier 1970 et au mois de Juillet suivant, je commençai
d’écrire mon premier livre, « le Symbolisme du corps humain ». Cet ouvrage, je
l’ignorais alors, était et reste encore aujourd’hui l’ébauche d’une toute
nouvelle anthropologie chrétienne ; je n’ai cessé de la développer et de
l’approfondir depuis cette date, m’émerveillant chaque jour davantage, vivant
la « jubilation » que me
transfusa mon maître.
Pour pénétrer le mystère de
l’anthropologie, caché dans les eaux profondes de l’océan des Ecritures, nous
ne pouvons rester à la surface, aveuglés par son écume.
Le patriarche Jaqob dormait sur
une terre appelée Luz lorsqu’il fit le songe de l’échelle - le mot Luz signifie « l’amande » - il
dormait sur la coque du fruit, mais le
songe l’invitait à s’éveiller et à pénétrer le fruit jusqu’à son
cœur ; ce cœur était symbolisé par le haut de l’échelle où se tenait son
Seigneur. Tout être humain est appelé à devenir ce Seigneur dont il est la
semence. Cette semence est ce que nous n’avons pas encore compris du mot hébreu
Bassar traduit par « chair », qu’au deuxième chapitre
de la Genèse le Seigneur-Dieu scelle au cœur des profondeurs de l’Adam, soit au
cœur de l’autre « coté » de
l’Adam (qui n’a jamais été une
côte !) ; ce côté est appelé Ishah
en qualité d’épouse, Adamah en
qualité de mère.
Ce côté féminin de tout être est
appelé aujourd’hui l’inconscient, et c’est au plus profond de cet immense
potentiel (habité des animaux sauvages dont je parlais plus haut) que Dieu
scelle cette chair dont le mot hébreu prononcé Basser est le verbe
« informer ». La semence contient toute l’information de son
devenir ; et Bassorah n’est-elle
pas la « Bonne Nouvelle des
Evangiles ?
Tout être humain porte en lui cette semence ;
mais peu le savent ; et la semence reste stérile (symbole de la stérilité de nombreux couples
de la Bible). Chaque être humain est invité à passer de son état animal à sa
nature divine. En cet état animal il n’est pas faux de dire que la chair est
aussi le corps mais cela ne confirme pas le message biblique.
« Vous êtes des dieux »
(des Elohim), dit Jésus à ses
détracteurs, confirmant en cela ce que chante le psalmiste. Ce qui est vrai
pour chaque être humain l’est aussi pour le collectif, ce grand Adam que nous
sommes et qui est aujourd’hui bousculé dans un terrible chaos pour passer de
l’état animal à l’éveil de sa nature divine.
Plus qu’à la sainteté, c’est à
sa déification que l’Homme est appelé ! Pourquoi l’Homme serait-il
inférieur à l’uranium ! Sa chair, en qualité de semence, de noyau
fondateur de son être, détient une force nucléaire inimaginable, une force
résurrectionnelle ! La transfiguration d’un Saint Séraphin de Sarov en
témoigne.
6.) Je vous saurais gré si nous pouviez mettre en
évidence votre perspective sur le rapport entre l’Orthodoxie et les besoins
sociaux de l’homme contemporain, car c’est un thème qui, à mon avis, devrait préoccuper
les orthodoxes.
Je crois vous en avoir dit assez pour que vous sentiez
à quel point je déplore comme vous le silence des chrétiens en général et des
orthodoxes en particulier, au cœur de notre chaos actuel. Ceux qui auraient
l’autorité de parler n’osent peut-être pas le faire, mais qui dit autorité ne
dit pas forcément connaissance.
Parmi les lois ontologiques ignorées, car le verbe
hébreu les tiens secrètes derrière le
« voile » que commencent à soulever les physiciens, est celle
qui fait
l’objet de la
cinquième plaie d’Egypte ; elle est traduite par la « peste » Deber
qui n’est autre que le mot alors prononcé Dabar, qui signifie le « Verbe » de Dieu, mais aussi,
une « chose ». Cette épreuve
signifie que toute « chose » coupée
du « Verbe » de Dieu dont elle
procède, crée la « peste ».
Cela veut dire que toutes les constructions mentales, organisationnelles,
philosophiques, idéologiques, coupées du Verbe divin et donc de toute valeur
ontologique, engendrent une
« peste » et sont vouées à la destruction. Aujourd’hui toutes les
politiques du monde coupées du Verbe divin sont en échec. Tous les partis qui
se réclament d’une juste vision des
choses se vivent en rapport de force et s’excluent. Le juste rapport du Un et
du multiple qui découle de cette même loi et qui se vivait autrefois dans les
monarchies mais dont les monarques se vivaient eu en rapport de force, s’est
effondré. Nos sociétés faites aujourd’hui de peuples qui se définissent coupés
du divin et nomment un président de même qualité, dont les décisions sont
systématiquement détruites par les partis dont il n’est pas issu, ces dites
sociétés engendrent un chaos total.
Au cœur d’elles, les Hommes que taraude une puissance
germinative dont ils ignorent la qualité divine et qui, voulant sortir du puits
de leur être, en trouvent le couvercle scellé, tous ceux-là ou bien sombrent
dans des maladies que la bonne mère Nation s’épuise à soigner, ou bien fusent
par les fissures du puits vers des idéologies destructrices (cf. Daesh).
Mais si les Etats ont éliminé le religieux, les
religions ont leur grande part de responsabilité ; elles sont restées pour
la plupart infantilisantes, enseignant un Dieu extérieur à l’Homme, punisseur,
voire vengeur et culpabilisant. J’ai été épargnée de cela par Père Eugraph mais
l’orient comme l’occident chrétiens ont tronqué le christianisme de sa qualité
universelle en réduisant la Personne du Christ à sa seule historicité ;
celle-ci est essentielle, mais le Christ est au cœur de tous les Hommes et son
œuvre sur terre les embrasse tous depuis le commencement jusqu’à la fin des
temps. Bien des chrétiens ne savent pas ce que c’est que de vivre le baptême
d’eau, alors que des hommes et des femmes relevant d’autres traditions et qui
n’en vivent donc pas le symbole, y plongent en réalité avec grande ouverture de conscience. La libération du
Golgotha est pour l’humanité entière. L’Eglise est encore peu ouverte à ce que
dit le Christ en parlant de
« l’accomplissement de la loi » : celui des trois
baptêmes : eau-feu-crâne, dont j’ai justement montré dans le « Symbolisme du corps humain »,
qu’ils sont inscrits dans le corps, cette
« chair » retournée à l’extérieur.
Les chinois les appellent « champs de cinabre », pelvien,
thoracique et crânien, et autrement encore par d’autres traditions, mais toutes
les révèlent. Là est le chemin de déification universel.
Cette ignorance prouve combien l’Anthropologie
chrétienne n’est pas née, comme me
disait l’Evêque Jean. Les chrétiens sont incapables d’apporter une voix
constructrice au cœur de nos sociétés aujourd’hui si désorientées !
Hôpitaux psychiatriques et prisons sont devenus les substituts des lieux de
culte.
Aussi arrive le temps où va se
réaliser ce que le Christ dit à la Samaritaine :
« Femme, crois-moi, l’heure vient où ce ne sera ni à Jérusalem,
ni sur cette montagne que vous adorerez le Père……. mais en
esprit et en vérité ; ce sont là les vrais adorateurs que demande
le Père ».
Chacun est appelé à aller de toute urgence vers son
sanctuaire intérieur, vers sa vraie personne, unique et une avec tous. L’avenir
est à la royauté intérieure de chacun. Alors le collectif saura se gérer.
Il est une autre loi ontologique que dénonce la
deuxième plaie d’Egypte, celle de l’envahissement des « grenouilles qui montent jusque
dans la chambre du roi », dit le texte. Tsaphordaïm, les grenouilles, est le mot que l’on peut
entendre : « l’essor des
connaissances ». Dans leur chambre roi et reine, chacun a son
smartphone ; ils ne communiquent plus ! Il s’agit, en ce drame, de la
connaissance technologique acquise par la seule voie extérieure, privée de
sagesse, car nos comités d’éthique sont composés d’hommes et de femmes
indiscutablement honnêtes et intelligents, mais qui n’auraient pu atteindre à
la sagesse inhérente aux fabuleuses découvertes des sciences, que par la voie
intérieure propre à chacun. Et je ne pense pas que l’un deux sache même de quoi
je parle ici ! J’ai été appelée un jour, indirectement, à apporter un éclairage,
mais cela n’a pas été rapporté. Je n’irai pas plus loin sur ce sujet crucial
qui atteint aujourd’hui l’ampleur que prévoyait Nicolas Berdiaev il y a
presqu’un siècle lorsqu’il disait dans ce même ouvrage cité plus haut :
« Aussi sommes-nous au début d’un effroyable conflit entre la personne
morale et la civilisation technique, entre l’Homme et la machine ». Et
plus loin : « un nouvel Homme
doit surgir ; et la difficulté consiste bien moins à éclairer ses rapports
avec celui qui le précéda qu’à définir son attitude à l’égard de l’Homme
éternel » (p.
44 et 45). Parlant de ce dernier,
Berdiaev évoque le dieu que l’Homme doit devenir, le Seigneur dont il est la
semence et qui déjà est, parce qu’il est éternel……..
Pour conclure, compte tenu des réponses apportées aux
questions que vous m’avez posées, je dirai que Théologie et Anthropologie sont
les deux faces d’une même médaille. Si les
pères de l’Eglise ont été nos
initiateurs à la contemplation des mystères divins, nous avons aujourd’hui de
toute urgence, à entrer dans cette
« mystique » dont parlait Maxime le Confesseur ; celle-ci
nous convie de toute urgence pour enrichir la théologie à construire une
anthropologie forte, ouverte aux riches apports des sciences humaines et aux
données quasi-mystiques des sciences physiques dites quantiques qui, on ne peut
le nier, s’approchent du mystère de la divine Trinité.
Note del Padre Giovanni Festa
" Annick de Souzenelle
è nata all'indomani della prima guerra mondiale. E per questo che ha
conosciuto un'infanzia segnata dai finali sussulti di questo
"terremoto".
La vita delle persone adulte che vede le
sembra assurda: quella degli uomini chiusa nel ricordo delle ore
gloriose delle trincee; quella delle donne confinate nei domestici
rifugi. "Queste persone sono come foglie morte" scoprira' un giorno:
"Bisogna che venga un forte vento perche' abbiano l'illusione di
vivere"". Decide allora di "vivere davvero": si avvicina cosi' al
cristianesimo ortodosso occidente e impara l'ebraico.
Aveva prima studiato matematica e
scienze umane; diplomata infermiera, ha svolto la professione di
anestesista, prima, e poi di psicoterapeuta. Ora dedica la sua "terza
eta'" a insegnare cio' che lei va rielaborando: un'antropologia che
rimetta l'uomo nella dinamica del suo compimento divino."
sito ufficiale
http://annick-de-souzenelle.fr/
par Antoine Arjakovsky
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