venerdì 17 novembre 2017

Tudor Petcu intervista Annick de Souzenelle sulla bellezza dell'Ortodossia(testo francese)


                                                                    
    

 LE TREFONDS de L’ORTHODOXIE       
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1.)  La première question que j’aimerais vous poser c’est très simple mais assez    importante pour mieux comprendre votre personnalité spirituelle comment avez-vous découvert la spiritualité orthodoxe ?
Née en France d’une famille chrétienne, j’ai reçu de l’Eglise romaine la nourriture dont avait intensément faim l’enfant que j’étais, si désemparée devant la vie qui lui était offerte. Je me souviens l’avoir dite  « absurde » dès mes 3 ou 4 ans tant elle n’était nourrie que des conséquences ou des souvenirs de la guerre de 1914-1918 qui venait de se terminer mais dont les âmes de tous, et les corps de ceux qui y avaient été blessés – dont mon père – restaient meurtris.
L’Eglise me fut alors un refuge ; j’y ai vécu de profondes expériences et celles-ci m’ouvrirent à la réalité de valeurs autres que celles à laquelle on me demandait d’adhérer. Mais dix années plus tard, l’Eglise elle-même quant à son enseignement, ne fit plus le poids ; dans un premier temps, nourrissant l’enfant, elle devint pour moi infantilisante ; et je la quittais. Ce que je retiens essentiellement de ce divorce c’est que les clercs et non des moindres, rejetaient violemment cette adolescente qui osait voir dans les Ecritures leur dimension  « symbolique » - mot que j’ignorais à cette époque mais qui qualifie aujourd’hui l’exigence que j’exprimais -. A cette époque, curieusement, pour l’Eglise romaine, le symbole était diabolique ! …….
Alors commença pour moi une longue quête, en solitaire car cela se situe autour des années 1939-1940, et c’est dire que je plongeais dans le vide. A 20 ans, âge où le monde vous rattrape de ses bras jaloux et puissants, je m’égarais, tout en n’en étant pas dupe. Mais le ciel me reprit avec violence. Et après un rude « examen de passage » il me conduisit aux portes de l’« Eglise catholique orthodoxe de France »   à Paris. Cette Eglise fondée par Monseigneur Irénée Winnaert, lui aussi un dissident de Rome, fut reprise après la mort de cet évêque, par le Père Eugraph Kovalevsky. Je ne dirai jamais assez ce que je dois à Père Eugraph, un amoureux de Dieu, mais aussi, et sur le plan du frère, grand ami de la France. Il ne voulut à aucun prix enkyster un christianisme orthodoxe d’expression russe en ce pays de diaspora, mais a toujours cherché à ressusciter en cet occident qui l’accueillait, l’orthodoxie du premier millénaire qui lui était propre quant à son expression liturgique. Aidé de son frère Maxime, éminent musicologue, tous deux donnèrent un puissant réveil à la célébration des mystères chrétiens qu’avaient élaborée l’âme et le génie spirituel de nos ancêtres. Lorsque je me présentai pour la première fois en cette église, en 1958, ce fut pour la fête de la Sainte Trinité. Je fus alors saisie dans une vague d’amour et de joie d’une telle violence qu’elle ouvrit en mon cœur la porte du monde que je cherchais depuis toujours, depuis l’engluement dans  l’« absurde » en lequel je me débattais dès l’enfance. Quels que furent les évènements douloureux qui vinrent briser ce premier élan de vie, je continue d’affirmer que c’est ce jour-là que je suis née. J’embrassais le christianisme orthodoxe le jour de la fête de Noël de cette même année ; la Semence divine venait de germer en moi.
Répondant ici au questionnaire de Petcu Tudor, j’exposerai dans un autre texte ce que m’a apporté l’orthodoxie, car outre la nourriture reçue de la vie liturgique, j’allais aussitôt puiser celle de l’Institut de Théologie que je suivis pendant trois ans car j’avais faim, faim, faim ! Peu de temps après, j’accompagnais une fois par semaine le père Eugraph, devenu l’Evêque Jean de Saint Denis, dans son secrétariat et là, je continuais d’apprendre, d’approfondir, de questionner, mais aussi d’unir de plus en plus étroitement cet enseignement majeur avec celui de la langue hébraïque et de la Qabbale vers lesquelles m’avait aussi conduite l’Esprit-Saint. C’est au fond d’un cabaret douteux des environs de la place de la République à Paris que je recevais, émerveillée l’enseignement du rabbin, et d’autant plus émerveillée que je l’entendais comme en stéréophonie avec l’enseignement de Père Eugraph. Depuis 60 ans maintenant, premier et second testaments me sont une seule eucharistie, le Christ venant  « accomplir la loi » de Moïse et le premier Testament venant éclairer l’enseignement du Christ.

2.)  Quelle serait à vos yeux l’unicité, ou mieux dit, la beauté de l’Orthodoxie ?
Qu’apporte l’orthodoxie d’intéressant et de nouveau en tant que manière de vivre ?
« Orthodoxie, doctrine juste » dit le grec.  Cette qualité, compte tenu de ce que m’apporte aussi l’hébreu me semble être la plus proche du message évangélique en effet, mais à condition de tenir compte de ce que cette justesse n’est pas statique ; elle est asymptotique à l’infini. Cette justesse ne peut que rendre compte de la qualité de contemplation que l’on a de Dieu et de la confession que l’on en fait, d’une part, et d’autre part de la dynamique dans laquelle l’enseignement du Christ invite l’Homme à conduire sa vie. L’Homme est invité à grimper de verger en verger pour cueillir les fruits de la connaissance et devenir ….., comme si chaque échelon qu’a vu en songe le patriarche Jaqob, était un jardin en espaliers aux fruits de plus en plus succulents, que nous sommes invités à cueillir et à manger. Le jardin d’Eden, intérieur à l’Homme, que décrit la Genèse, « jardin de jouissance » en hébreu, n’est d’ailleurs pas autre. Lorsqu’on monte ces espaliers, on fait alors l’expérience de la relative justesse d’un niveau de connaissance car celle-ci s’effondre devant la connaissance atteinte au niveau supérieur. Maxime le confesseur ne conclut-il pas son traité sur le problème du mal en disant, parlant de l’Arbre de la Connaissance de la Genèse : « Voici comment pour l’instant il faut comprendre l’Arbre (de la connaissance) selon une méthode déductive qui convient à tous. Sa signification plus mystérieuse est conservée dans l’esprit des mystiques et honorée de notre silence ». Quatorze siècles nous         séparent de cette sagesse maximienne, mais n’est-ce pas peur ou paresse que de nous y conforter ? Aujourd’hui où les sciences abolissent toute logique binaire pour ouvrir sur le ternaire, il serait urgent de libérer l’Arbre de la Connaissance de la simpliste contradiction bien-mal qui le qualifie et qui entrave en l’Homme sa croissance. Or en cet Arbre seul, source d’Intelligence, est aussi la Sagesse.
L’Université qui de son côté fait don de connaissance en est dénuée ; elle ne sait poser les limites, et nous en abordons aujourd’hui la folie destructrice ; j’en parlerai plus loin.

Lorsque Père Eugraph m’initia à la contemplation apophatique de Dieu, et en voie de conséquence, au dépassement nécessaire de toutes les antinomies, vous comprendrez alors pourquoi je commençais de mettre un nom sur ce qui m’avait détachée de l’Eglise romaine et sur le fait que ça n’avait pas été un hasard de me trouver projetée dans l’Eglise orthodoxe le jour de la fête de la divine Trinité. Ce nom est celui de l’Esprit-Saint. C’est lui, l’Esprit-Saint qui, ce jour-là, chanté, dansé, respiré, me saisit et m’emprisonna pour toujours dans son plus libérant embrassement.
La scolastique romaine m’était aliénante ; j’étouffais.
Depuis cette époque l’Eglise occidentale a évolué, mais le souffle continue de lui manquer. C’est Berdiaev, ce philosophe chrétien orthodoxe que j’aime tant, qui ressent le Christ Fils de l’Homme et Fils de Dieu comme étant vécu et contemplé davantage en Fils de l’Homme par l’occident romain, et Fils de Dieu par l’orient orthodoxe. Il y aurait beaucoup à dire, même à ce sujet !
A votre question concernant  « ce qu’apporte l’orthodoxie d’intéressant et de nouveau quant à la manière de vivre », je ne peux répondre qu’en rappelant l’invitation faite par Jésus à Nicodème et que, pour l’instant, bien peu de chrétiens, même orthodoxes, ont compris.  « Epouser la mère intérieure, la Adamah de l’Adam »  (l’Homme, hommes et femmes) – invitation dont je n’ai jamais entendu une seule homélie expliquer  le sens – c’est oser un retournement radical à l’intérieur de soi, retournement qui implique bien souvent des désécurisations difficiles par rapport aux valeurs du monde ; difficiles mais nécessaires pour embrasser les valeurs ontologiques, sans quoi la montée de l’échelle évoquée plus haut est pure illusion. Ce n’est pourtant que dans cette dynamique enseignée et vécue par l’orient et l’occident chrétiens que les deux Eglises pourront tendre vers l’unité. Aujourd’hui l’une et l’autre n’ont guère enseigné quant à ce mot  « retournement » traduit par  « pénitence » qu’une attitude morale, alors qu’il s’agit d’une pénétration intérieure  (œuvre mâle)    où les  « animaux de l’âme »  décrits par Basile de Césarée sont saisis dans une opération divino-humaine, quasi alchimique, à l’issue de laquelle l’énergie donne son information ; ainsi grandit en l’Homme l’Arbre de la Connaissance qui est aussi sagesse.

3.)  On parle d’habitude de l’Orthodoxie en tant que l’amour de la sagesse. Croyez-vous que cette définition soit-elle la meilleure pour bien comprendre l’Orthodoxie ? Quelle est en fait votre compréhension sur l’orthodoxie et comment pourrait-on découvrir son tréfonds ?
Toutes les grandes traditions du monde aiment la sagesse. Pour les chinois, le Tao en est le chemin, l’Advaïta, la non-dualité, pour les Hindous, et l’on pourrait poursuivre historiquement, jusqu’aux Evangiles, mais eux recouvrent tous les temps et le mystère de la croix, lui, conduit à la folie !  « Sagesse de Dieu, folie pour les grecs » chante inlassablement l’apôtre Paul ! Et si nous puisons dans le premier Testament
son enseignement nous dit que Sagesse et Intelligence sont, bien sûr, distinguées, mais inséparables, alors que dans le second, nous contemplons la croix comme l’érection de l’Arbre de la Connaissance, dont la sagesse vécue par le Christ est à nos yeux folie ! Du fait que l’Eglise romaine douloureusement déspiritualisée –  « ils n’ont plus de vin ! » – laisse les chrétiens aux pieds de la croix, il est certain que l’Orthodoxie invitant les siens à en gravir l’Arbre, est chantre de la Sagesse, don par excellence de l’Esprit-Saint.
Sagesse et Intelligence sont inséparables, comme je l’ai dit plus haut. Pour les Hébreux, elles sont respectivement Père et Mère divins. Elles sont les deux piliers de l’Echelle qu’a vue le patriarche Jaqob et dont la montée consiste à vivre, après le baptême d’eau, le baptême de feu dans l’Esprit-Saint. Cette montée se traduit dans le premier Testament par la construction de la maison intérieure : « construit ton Arche », dit Dieu à Noé.  « Va vers toi » dit le Seigneur à Abram. Et à Job chez qui cette construction prend le caractère d’un combat  « ceins tes reins, homme vaillant »……. lui dit son Seigneur l’invitant à revêtir la force de l’Esprit avant de faire venir devant lui ses animaux de l’âme.
Et le Livre des Proverbes chante les versets que reprend la Liturgie orthodoxe :
                                     « La Sagesse a bâti sa maison
elle a taillé ses sept colonnes
elle a immolé ses victimes  (les animaux de l’âme)
mélé son vin
et dressé sa table      (9, 1-2)
Incluant tout ce sens, Jésus reprend cette exhortation :
                              « Prend ton envol »  dit-il au paralytique
                              « va dans ta maison »
                              « va vers toi »………. Inlassablement, il guérit, ce qui veut dire
qu’il  introduit l’être dans la sagesse qui reconstruit l’Homme jusque-là exilé du Royaume !   
Beaucoup de très beaux livres ont été écrits sur ce sujet de la Sagesse par les Orthodoxes, mais bien peu enseignés dans les églises ! Et c’est regrettable, car « le tréfonds de l’Orthodoxie », pour reprendre l’expression de votre questionnaire, est certainement la contemplation et le vécu au plus juste des sept dons de l’Esprit-Saint, appliqués au quotidien, alors que Rome a glissé dans le mental, au détriment de sa fonction pneumatique.       

4.)  Comment devrions-nous comprendre à votre avis le rapport entre l’Orthodoxie 
  et la raison ? Autrement dit, quelle serait la place occupée par la raison dans
  l’Orthodoxie ?
 Il semble que, parlant de l’Esprit-Saint, de son souffle créateur, j’aie déjà  répondu à cette question. Ces différents niveaux du Réel, bien  « voilés » pour l’instant comme disent les physiciens, et que symbolisent les successifs niveaux de l’Echelle sainte, ont chacun leur « raison ». La raison identifiée au discernement, entre le bien et le mal par exemple, fait l’objet de bien des apophtegmes des Pères dans d’amusantes mais combien profondes histoires : un personnage réputé très saint fait des choses totalement répréhensibles et aberrantes, jugées mauvaises par le pauvre homme qui les subit, mais qui en comprendra plus tard l’impérieuse nécessité pour la justesse de son chemin ou de celui de la collectivité. 
Cela est aussi juste des évènements qui frappent aujourd’hui le collectif et dont il serait raisonnable et intelligent de comprendre le sens, sachant que le  « hasard » est la loi qui joue à un niveau du réel encore inconnu mais à laquelle nos actions inconscientes contreviennent.
La raison identifiée à la logique, va de cette logique binaire dont je parlais plus haut au ternaire et au Logos créateur lui-même, vers lequel tend, sans encore peut-être le savoir, le  « tiers caché » des physiciens.
Le premier testament riche de « ruses divines » ne dit que cela, et les Evangiles mettant l’accent sur le même salaire donné aux ouvriers de la première et de la dernière heures, en est un des nombreux exemples.
La vie spirituelle s’incarnant dans notre quotidien tributaire du temps nous arrache au temps, pour nous conduire, comme un cyclone en son œil, en l’Instant d’éternité.

5.)  Un théologien américain disant que dans l’Orthodoxie tous peuvent découvrir leur sainteté cachée. Comment comprenez-vous cette affirmation ?
                     « Dieu s’est fait Homme pour que l’Homme devienne Dieu »,
disent les Pères depuis le début du christianisme, avec Saint Irénée de Lyon et peut-être bien avant lui !
L’anthropologie chrétienne est toute entière résumée là. Mais, à ce sujet, je dois vous faire une confidence. Le père Eugraph Kovalevsky, à ce moment-là devenu l’Evêque Jean de Saint Denis, était alité, en proie à de terribles souffrances dont il mourut quarante-huit heures plus tard ; mais à une ultime question que je lui posais, d’ordre théologique, il se redressa sur son lit pour me répondre et conclure de ce que je ressentis comme son message ultime : « Annick, l’anthropologie chrétienne n’est pas née ! ». Et ce cri vint agrandir la brèche dont Nicolas Berdiaev avait déjà percé mon cœur, ce grand chrétien disant dans presque tous ses livres mais tout particulièrement dans « l’Homme et la machine » publié en 1933  (Ed. Je Sers  p. 51) : « Nous ne pouvons plus nous contenter de l’anthropologie patristique, scolastique ou humaniste ».
L’évêque Jean nous a donc quittés, et, je peux le dire, dans un état de  « jubilation » qu’il me confia puisque j’eus la grâce de le veiller pendant sa dernière nuit parmi nous ; ceci se passait le 30 Janvier 1970 et au mois de Juillet suivant, je commençai d’écrire mon premier livre,   « le Symbolisme du corps humain ». Cet ouvrage, je l’ignorais alors, était et reste encore aujourd’hui l’ébauche d’une toute nouvelle anthropologie chrétienne ; je n’ai cessé de la développer et de l’approfondir depuis cette date, m’émerveillant chaque jour davantage, vivant la  « jubilation » que me transfusa mon maître.                                                                                                                                                                                                                                                       
Pour pénétrer le mystère de l’anthropologie, caché dans les eaux profondes de l’océan des Ecritures, nous ne pouvons rester à la surface, aveuglés par son écume. 
Le patriarche Jaqob dormait sur une terre appelée Luz  lorsqu’il fit le songe de l’échelle - le mot Luz signifie  « l’amande » - il dormait sur la coque du fruit, mais le  songe l’invitait à s’éveiller et à pénétrer le fruit jusqu’à son cœur ; ce cœur était symbolisé par le haut de l’échelle où se tenait son Seigneur. Tout être humain est appelé à devenir ce Seigneur dont il est la semence. Cette semence est ce que nous n’avons pas encore compris du mot hébreu Bassar traduit par  « chair », qu’au deuxième chapitre de la Genèse le Seigneur-Dieu scelle au cœur des profondeurs de l’Adam, soit au cœur de l’autre  « coté »  de l’Adam  (qui n’a jamais été une côte !) ; ce côté est appelé Ishah en qualité d’épouse, Adamah en qualité de mère.
Ce côté féminin de tout être est appelé aujourd’hui l’inconscient, et c’est au plus profond de cet immense potentiel (habité des animaux sauvages dont je parlais plus haut) que Dieu scelle cette chair dont le mot hébreu prononcé Basser est le verbe  « informer ». La semence contient toute l’information de son devenir ; et Bassorah n’est-elle pas la  « Bonne Nouvelle des Evangiles ?
Tout être humain porte en lui cette semence ; mais peu le savent ; et la semence reste stérile  (symbole de la stérilité de nombreux couples de la Bible). Chaque être humain est invité à passer de son état animal à sa nature divine. En cet état animal il n’est pas faux de dire que la chair est aussi le corps mais cela ne confirme pas le message biblique.
                                     « Vous êtes des dieux »  (des  Elohim), dit Jésus à ses détracteurs, confirmant en cela ce que chante le psalmiste. Ce qui est vrai pour chaque être humain l’est aussi pour le collectif, ce grand Adam que nous sommes et qui est aujourd’hui bousculé dans un terrible chaos pour passer de l’état animal à l’éveil de sa nature divine.
Plus qu’à la sainteté, c’est à sa déification que l’Homme est appelé ! Pourquoi l’Homme serait-il inférieur à l’uranium ! Sa chair, en qualité de semence, de noyau fondateur de son être, détient une force nucléaire inimaginable, une force résurrectionnelle ! La transfiguration d’un Saint Séraphin de Sarov en témoigne.

6.)  Je vous saurais gré si nous pouviez mettre en évidence votre perspective sur le rapport entre l’Orthodoxie et les besoins sociaux de l’homme contemporain, car c’est un thème qui, à mon avis, devrait préoccuper les orthodoxes.
Je crois vous en avoir dit assez pour que vous sentiez à quel point je déplore comme vous le silence des chrétiens en général et des orthodoxes en particulier, au cœur de notre chaos actuel. Ceux qui auraient l’autorité de parler n’osent peut-être pas le faire, mais qui dit autorité ne dit pas forcément connaissance.
Parmi les lois ontologiques ignorées, car le verbe hébreu les tiens secrètes derrière le  « voile » que commencent à soulever les physiciens, est celle qui fait
l’objet  de la cinquième plaie d’Egypte ; elle est traduite par la  « peste »  Deber
qui n’est autre que le mot alors prononcé Dabar, qui signifie le  « Verbe » de Dieu, mais aussi, une  « chose ». Cette épreuve signifie que toute  « chose » coupée du  « Verbe » de Dieu dont elle procède, crée la  « peste ». Cela veut dire que toutes les constructions mentales, organisationnelles, philosophiques, idéologiques, coupées du Verbe divin et donc de toute valeur ontologique, engendrent une « peste » et sont vouées à la destruction. Aujourd’hui toutes les politiques du monde coupées du Verbe divin sont en échec. Tous les partis qui se réclament d’une juste vision des choses se vivent en rapport de force et s’excluent. Le juste rapport du Un et du multiple qui découle de cette même loi et qui se vivait autrefois dans les monarchies mais dont les monarques se vivaient eu en rapport de force, s’est effondré. Nos sociétés faites aujourd’hui de peuples qui se définissent coupés du divin et nomment un président de même qualité, dont les décisions sont systématiquement détruites par les partis dont il n’est pas issu, ces dites sociétés engendrent un chaos total.
Au cœur d’elles, les Hommes que taraude une puissance germinative dont ils ignorent la qualité divine et qui, voulant sortir du puits de leur être, en trouvent le couvercle scellé, tous ceux-là ou bien sombrent dans des maladies que la bonne mère Nation s’épuise à soigner, ou bien fusent par les fissures du puits vers des idéologies destructrices  (cf. Daesh).
Mais si les Etats ont éliminé le religieux, les religions ont leur grande part de  responsabilité ; elles sont restées pour la plupart infantilisantes, enseignant un Dieu extérieur à l’Homme, punisseur, voire vengeur et culpabilisant. J’ai été épargnée de cela par Père Eugraph mais l’orient comme l’occident chrétiens ont tronqué le christianisme de sa qualité universelle en réduisant la Personne du Christ à sa seule historicité ; celle-ci est essentielle, mais le Christ est au cœur de tous les Hommes et son œuvre sur terre les embrasse tous depuis le commencement jusqu’à la fin des temps. Bien des chrétiens ne savent pas ce que c’est que de vivre le baptême d’eau, alors que des hommes et des femmes relevant d’autres traditions et qui n’en vivent donc pas le symbole, y plongent en réalité avec grande ouverture de conscience. La libération du Golgotha est pour l’humanité entière. L’Eglise est encore peu ouverte à ce que dit le Christ en parlant de  « l’accomplissement de la loi » : celui des trois baptêmes : eau-feu-crâne, dont j’ai justement montré dans le  « Symbolisme du corps humain », qu’ils sont inscrits dans le corps, cette  « chair » retournée à l’extérieur.
Les chinois les appellent  « champs de cinabre », pelvien, thoracique et crânien, et autrement encore par d’autres traditions, mais toutes les révèlent. Là est le chemin de déification universel.
Cette ignorance prouve combien l’Anthropologie chrétienne n’est pas née,  comme me disait l’Evêque Jean. Les chrétiens sont incapables d’apporter une voix constructrice au cœur de nos sociétés aujourd’hui si désorientées ! Hôpitaux psychiatriques et prisons sont devenus les substituts des lieux de culte.
Aussi arrive le temps où va se réaliser ce que le Christ dit à la Samaritaine :
            « Femme, crois-moi, l’heure vient où ce ne sera ni à Jérusalem,
               ni sur cette montagne que vous adorerez le Père……. mais en
               esprit et en vérité ; ce sont là les vrais adorateurs que demande
               le   Père ».
Chacun est appelé à aller de toute urgence vers son sanctuaire intérieur, vers sa vraie personne, unique et une avec tous. L’avenir est à la royauté intérieure de chacun. Alors le collectif saura se gérer.
Il est une autre loi ontologique que dénonce la deuxième plaie d’Egypte, celle de l’envahissement des  « grenouilles  qui montent jusque dans la chambre du roi », dit le texte. Tsaphordaïm, les grenouilles, est le mot que l’on peut entendre : « l’essor des  connaissances ». Dans leur chambre roi et reine, chacun a son smartphone ; ils ne communiquent plus ! Il s’agit, en ce drame, de la connaissance technologique acquise par la seule voie extérieure, privée de sagesse, car nos comités d’éthique sont composés d’hommes et de femmes indiscutablement honnêtes et intelligents, mais qui n’auraient pu atteindre à la sagesse inhérente aux fabuleuses découvertes des sciences, que par la voie intérieure propre à chacun. Et je ne pense pas que l’un deux sache même de quoi je parle ici ! J’ai été appelée un jour, indirectement, à apporter un éclairage, mais cela n’a pas été rapporté. Je n’irai pas plus loin sur ce sujet crucial qui atteint aujourd’hui l’ampleur que prévoyait Nicolas Berdiaev il y a presqu’un siècle lorsqu’il disait dans ce même ouvrage cité plus haut : « Aussi sommes-nous au début d’un effroyable conflit entre la personne morale et la civilisation technique, entre l’Homme et la machine ». Et plus loin :  « un nouvel Homme doit surgir ; et la difficulté consiste bien moins à éclairer ses rapports avec celui qui le précéda qu’à définir son attitude à l’égard de l’Homme éternel »   (p. 44 et 45). Parlant de ce dernier, Berdiaev évoque le dieu que l’Homme doit devenir, le Seigneur dont il est la semence et qui déjà est, parce qu’il est éternel……..
Pour conclure, compte tenu des réponses apportées aux questions que vous m’avez posées, je dirai que Théologie et Anthropologie sont les deux faces d’une même médaille. Si les pères de l’Eglise ont été nos initiateurs à la contemplation des mystères divins, nous avons aujourd’hui de toute urgence, à entrer dans cette  « mystique » dont parlait Maxime le Confesseur ; celle-ci nous convie de toute urgence pour enrichir la théologie à construire une anthropologie forte, ouverte aux riches apports des sciences humaines et aux données quasi-mystiques des sciences physiques dites quantiques qui, on ne peut le nier, s’approchent du mystère de la divine Trinité.



Note del Padre Giovanni Festa 
" Annick de Souzenelle è nata all'indomani della prima guerra mondiale. E per questo che ha conosciuto un'infanzia segnata dai finali sussulti di questo "terremoto".
La vita delle persone adulte che vede le sembra assurda: quella degli uomini chiusa nel ricordo delle ore gloriose delle trincee; quella delle donne confinate nei domestici rifugi. "Queste persone sono come foglie morte" scoprira' un giorno: "Bisogna che venga un forte vento perche' abbiano l'illusione di vivere"". Decide allora di "vivere davvero": si avvicina cosi' al cristianesimo ortodosso occidente e impara l'ebraico.
Aveva prima studiato matematica e scienze umane; diplomata infermiera, ha svolto la professione di anestesista, prima, e poi di psicoterapeuta. Ora dedica la sua "terza eta'" a insegnare cio' che lei va rielaborando: un'antropologia che rimetta l'uomo nella dinamica del suo compimento divino."



sito ufficiale 
 http://annick-de-souzenelle.fr/


Annick de Souzenelle, théologienne orthodoxe
par Antoine Arjakovsky

http://www.pagesorthodoxes.net/pages-choisies/arjakovsky-desouzenelle.htm

 Annick de Souzenelle

http://www.centre-bethanie.org/rencontre_souzenelle.htm

 

 

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